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La fiche sur la tortue : Testudo weissingeri

Classification :
Ordre
: Cheloniens
Sous-ordre : Cryptodires
Famille : Testudinidae

Historique et taxonomie

Testudo weissingeri (Bour, 1995) est une espèce vicariante de Testudo marginata Schoepff, 1793, sans doute apparue récemment par isolement dans le sud du Péloponnèse, à partir de l’aire principale (Grèce). Son existence a été soupçonnée dans les années 1980, mais elle a été décrite plus tard, après plusieurs travaux de terrain destinés d’abord à préciser sa distribution et les modalités d’une sympatrie possible avec T. marginata. Bien que l’identité du taxon ait été reconnue, son statut spécifique a été contesté, certains auteurs la reléguant au rang de sous-espèce, quelques uns même considérant la population comme n’étant qu’un morphotype adaptatif (écotype).

Récemment, à partir d’une étude morphométrique, Perälä (2002 e) a confirmé son statut d’espèce, en concluant «Testudo weissingeri et Testudo marginata constituent un exemple classique d’espèces jumelles». Le spécimen type, récolté le regretté Heinz Weissenger, est déposé au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris.

Testudo weissingeriTestudo weissingeri

Description de Testudo weissengeri

La forme caractéristique de la carapace des tortues bordées adultes est moins accusée chez T. weissingeri, et certains individus ressemblent davantage à une Testudo graeca (Linnaeus, 1758 (s. 1.)) à carapace sombre qu’à une typique T. marginata. En fait, bien que l’aire de répartition soit réduite, on peut observer une assez grande variabilité dans la forme et l’ornementation, en relation ou non avec l’origine des spécimens. L’un des caractères remarquables de T. weissingeri est sa petite taille, comparée à celle des tortues bordées. A partir des mesures prises sur plus de 1000 spécimens, il apparaît que la longueur moyenne de la carapace, en ligne droite, est d’environ 210 mm, pour les mâles comme pour les femelles. En le comparant avec celui de Testudo marginata, le patron de colorisation est plus terne et nettement moins contrasté. De plus, nous reconnaissons deux grands types de carapaces, l’une ressemblant plus ou moins à celle d’une petite T. marginata, l’autre étant plus compacte, plus aplatie, sans jupe marquée, chez les mâles comme chez les femelles. Selon nos observations, la première est considérée comme une tortue ‘‘de buisson’’, la seconde comme une tortue ‘‘de terrier’’ (Bour, 1995).

Testudo weissingeri est aisément décrite en la comparant à T. marginata. Elle a été d’abord identifiée par sa petite taille. Plus précisément, à partir de 830 adultes, nous obtenons les données suivantes : longueur moyenne 213 mm chez les mâles et 209 mm chez les femelles. La plus grande femelle mesure 248 mm, seuls mâles mesurent de 250 à 255 mm, un ‘‘gigantesque’’ atteignant 265 mm. Cependant Artner (1996), parmi 80 tortues de la localité type, a observé un mâle de 272 mm. L’allure générale (habitus) est moins robuste chez T. weissingeri que chez T. marginata ; cette différence est frappante si l’on compare des individus de même grandeur, par exemple au niveau des membres. Perälä (2002 e), dans son étude morphométrique comparative intégrant 30 mesures, en a trouvé 25 qui étaient significatives ou très significatives, les caractères mesurés retenus étant standardisés par rapport à la longueur.

Testudo weissingeriTestudo weissingeri

Comme pour T. marginata, de nombreux spécimens possèdent des tubercules isolés, plus ou moins développés, sur l’arrière des cuisses (Bour, 1995 ; Perälä, 2002f). Des différences concernant la coloration ont été décrites plus haut. La teinte de fond est le plus souvent un jaune pâle sale, pommelé de grisâtre ; cependant, certains jeunes individus montrent une coloration jaune assez vive, nuancée d’orangé (en particulier dans la région d’Agios Nikolaos). Inversement, la dossière des spécimens âgés peut être uniformément brun noirâtre, avec une zone aréolaire claire plus ou moins réduite, ou au contraire, mais plus rarement, être fortement dépigmentée, la majeure partie de chaque écaille étant d’un gris jaunâtre sale, chez les mâles comme chez les femelles. Un petit nombre d’individus peut être marqué d’une tache sombre sur la zone aréolaire même, notamment celle des vertébrales. Par ailleurs, T. weissingeri est par de nombreux caractères semblables à T. marginata, notamment pour ce qui concerne l’écaillure des membres, de la tête et de la carapace.




Distribution et habitat de cette tortue terrestre

Testudo weissengeriTestudo weissingeri est endémique au flanc occidental du massif du Taygète, au sud du Péloponnèse, entre Kalamata et les environs d’Areopolis. Cette aire couvre une bande étroite d’environ 50 km de long pour seulement 1 à 5 km de large, atteignant au plus l’altitude de 600 m. Quelques tortues d’apparence similaire ont été signalées en dehors de cette zone dans le sud du Péloponnèse, mais ceci demande confirmation.

Eco-éthologie

Dans ce domaine, plusieurs particularités, écologiques et comportementales distinguent encore T. weissingeri. Les tortues vivent à la fois dans le maquis et dans les oliveraies adjacentes, nombreuses dans cette région. Les populations atteignent tout juste l’altitude de 600 m, les zones plus élevées étant soit trop dégagées et pierreuses ou au contraire trop humides. T. weissingeri ne se rencontre jamais loin de fourrés ou de buissons impénétrables, ou de terriers. En cas de danger les tortues, toujours farouches, demeurent rarement immobiles mais se dirigent rapidement vers leurs abris. Les terriers ont probablement été creusés par des générations de tortues, certains s’étendent sur plusieurs mètres de longueur. Jusqu’à 6 ou 8 tortues, peut être davantage, peuvent occuper le même terrier. Ces abris se rencontrent à la fois dabs les oliveraies, creusés au pied des murettes de soutènement, ou dans le maquis, sous les strates de calcaires. Les tortues s’y réfugient régulièrement, la nuit, en cas de mauvais temps, et quand elles ressentent le besoin d’estiver ou d’hiberner. Lorsqu’il n’y a pas de terriers, les tortues se cachent sous d’épaisses broussailles ou, à l’occasion, dans des pierriers ou des tas de branches mortes où elles peuvent être volontairement brûlées.

La croissance de T. weissingeri est relativement lente, et ceci est visible si l’on observe les stries concentriques des écailles, bien rapprochées. Une femelle T. weissengeri de 17 ans (d’après ces stries) de Proastio (env. 5 km de Kardamily) a cru de 174 mm à 203 mm entre mai 1993 et septembre 2002 (soit 3 mm annuels). Exactement dans les mêmes conditions de captivité, une femelle T. marginata de 21 ans de Perivolakia, localité située à 5 km de Kalamata et aussi de l’aire de T. weissingeri, a grandi de 242 à 325 mm entre mai 1994 et septembre 2002 (soit 10 mm annuels). Des différences analogues ont été observées parmi les juvéniles. La maturité sexuelle atteinte (soit à 11-13 ans pour les mâles, 14-16 ans pour les femelles), la croissance est encore plus lente, et l’âge peut encore être estimé à partir des stries jusqu’à une quarantaine d’années au mieux. Quelques très vieux spécimens, longs d’une vingtaine de cm, ont probablement 60 ans ou plus ; nous n’avons rencontré que 4 ou 5 de ces individus.

Les tortues estivent totalement de la mi-juin à septembre. Leur activité est réduite en hiver, mais elles ne rentrent pas complètement en léthargie, sauf durant les jours les plus froids.

L’activité au printemps et en automne est bimodale, commençant le matin, s’arrêtant aux heures les plus chaudes, reprenant en fin d’après-midi, parfois jusqu’au crépuscule. Les tortues se chauffent d’abord, puis se nourrissent ; l’une des plantes les plus appréciées est la squille de mer ou Urginea maritima (Liliceae), toxique pour les mammifères. Les activités sexuelles, accouplements notamment, sont probablement plus important à l’automne qu’au printemps. Les pontes observées, souvent dans les nids pillés, ne comprenaient que quatre œufs, semblables, quoiqu’un peu elliptiques, à ceux de T. marginata : 30,5 x 34,6 mm (28-32 x 31-36 mm). Le seul véritable nouveau-né trouvé dans la nature, en septembre, caché sous une pierre, mesurait tout juste 30 mm de longueur. Sur plus de 1000 spécimens rencontrés, il n’y avait que 16 juvéniles (longueur de 40 à 95 mm, 1 à 5 stries de croissance).

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Menaces et mesures de protection

Comme son aire géographique est réduite, T weissingeri est vulnérable. Même à l’intérieur de cette aire de nombreuses zones, apparemment favorables, sont dépourvues de tortues. En revanche, dans certains endroits, jusqu’à huit tortues peuvent se rencontrer côte à côte, et en deux heures une seule personne peut en observer une trentaine. Une très grossière estimation donne un total inférieur à 10 000 tortues. Une bonne proportion d’entre elles sont estropiées ou même tuées par la mécanisation progressive des activités agricoles, d’autres sont empoisonnées par divers produits chimiques, utilisés souvent sans modération. Beaucoup montrent d’effrayantes blessures, des membres amputés, des carapaces aux écailles parfois entièrement brûlées. Cependant, nous pensons que T. weissingeri est plus particulièrement affectée par la destruction rapide de son environnement : développement des cultures, incluant du maraîchage, construction de villas et de résidences secondaires dans les plus belles oliveraie, les mieux exposées, proches du littoral, où vivent les populations les plus importantes. D’autres menaces sont représentées par divers prédateurs qui s’attaquent aux nids et aux jeunes tortues. Malheureusement, il n’y a pas actuellement d’études à visée protectrice faites sur cette espèce, et même nos travaux épisodiques de terrain n’ont pas toujours été bien perçus par certaines ‘‘autorités’’ locales. Toutefois nous avons préparé de nouveaux projets de recherche, incluant des étudiants, pour les années 2004 et suivantes.

Sous le nom de T. marginata, T. weissingeri est inscrite en Annexe II de la CITES, comme espèce en danger par l’IUCN, et en Annexe A de la Wildlife Trade Regulation de l’Union Européenne.

Testudo weissingeri

© Article R.Bour, Illustration R. Bour et reptarium.cz

L’article est paru à l’origine dans Manouria n 22, mars 2004.




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2 commentaires “La fiche sur la tortue : Testudo weissingeri

  1. Lola la tortue :

    bonjour Roguier tu en as vu alors ? c’est un peu la Graeca on l’appelle la tortue naine du Péloponèse ..elle est plus petite que la Marginata …

    http://www.lerefugedestortues.fr/tortues/bordee.php
    ….

  2. roguier :

    je confirme la présence de marginées naines à Katakolon et dans lespinédes du bord de mer au sud de pyrgos

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